Elias Canetti - un des plus grands écrivains de vingtième siècle

Elias Canetti, un des plus grands écrivains de vingtième siècle fait un phénomène très intéressant dans l’histoire de littérature. Fils de juifs espagnols, né en Bulgarie, il commençait a se communiquer avec les autres en espagnol et bulgare. Quand il avait six ans, sa famille se déménageait en Angleterre, où petit Elias fait connaissance avec l’anglais qui pour longtemps était sa langue principale. Ce n’était que après la mort brutale de son père quand sa mère décidait de l’enseigner l’allemand, sa langue préférée qu’elle avait toujours parlée avec son mari. Cette décision exerçait une grande influence sur Elias, mais aussi sur sa mère. Pour lui, les leçons d’allemand contribuaient à son rapide développement intellectuel et émotionnable, pour elle, elles la permettaient de créer un substitut de son mari en personne de son fils. En tout cas, les soirées passées ensemble causaient un grand approfondissement de la relation entre la mère et son enfant. L’intimité avec sa mère pendant ce temps marquait pour toujours son attitude pour la langue allemande. Il développait un sentiment vivant pour cette langue et puis il la faisait la langue de son œuvre littéraire. L’allemand était une langue la plus intime pour Canetti. Il mentionne plusieurs fois qu’il était sa vraie langue maternelle. On pourrait réfléchir si c’est possible que l’allemand est devenu la langue maternelle pour Canetti. Ce sont quels éléments qui décident si une langue donnée peut être considérée comme une langue maternelle? Ce mini mémoire là essaye d’aborder ses questions et interroger un peu le caractère de la langue allemande chez Elias Canetti.

Le multilinguisme de la famille Canetti

Depuis son petite enfance, Elias Canetti était condamné au multilinguisme. Né à Roustchouk, Bulgarie, dans une famille de juifs espagnols, il s’est touché depuis son enfance avec plusieurs langues. A Roustchouk où à côté des Bulgares vivaient encore Grecs, Albanais, Arméniens, Turcs, Roumains, Tziganes et Russes on parlé sept ou huit langues différentes. A la maison de Canetti, l’espagnol était une langue qu’on utilise le plus et avec laquelle on s’adresse aux enfants. Pour cette raison c’est justifié de dire que l’espagnol était la première langue maternelle pour Elias. A part des langues utilisées par les domestiques ou de petites filles bulgares qui s’occupaient des enfants, il avait encore deux langues qui avaient un statut très différent de celui des langues courantes. La première c’était l’hebreu, la langue sacrée, la langue de religion et d’écritures, la langue réservée pour de grandes fêtes familiales. La deuxième langue qui jouait un rôlé particulier à la maison des Canettis était l’allemand, la langue secrète des parents d’Elias, la langue de leur amour, de la jeunesse et du temps heureux passé à Vienne. C’était cette langue qui est devenu si important pour Elias et qui a joué un rôle principal dans sa vie.

L’allemand comme une langue inaccessible

Au début l’allemand ne signifiait pour Elias que une langue intime de ses parents. Seulement les deux se sont servaient de cette langue pour exprimer leur sentiments, pour mener de longues discussions sur le théâtre, pour se rappeler / évoquer le temps de leurs études à Vienne. Cette langue était réservée uniquement pour le deux, personne sauf eux ne maîtrisait l’allemand. Elias ne pouvait pas comprendre des conversations de ses parents et même s’il demandait plusieurs fois une explication de certains mots ou expressions, il jamais obtenait une réponse satisfaisante. C’était dans ce moment-là qu’il commençait à éprouver une jalousie et un désire secret pour cette langue inconnue et mystérieuse.
J’avais donc de bonnes raisons de me sentir exclu quand mes parents se lançaient dans leur conversations. Ils devenaient extraordinairement gais et allègres, et moi je remarquais cela et associais cette métamorphose à la sonorité de la langue allemande. Je les écoutais avec la plus grande attention et leur demandais ensuite ce que ceci ou cela voulait dire. Ils riaient, disant que c’était trop tôt pour moi, il s’agissait de choses que je n’était pas encore à même de comprendre.(...) Je me disait qu’il devait s’agir de choses merveilleuses qu’on ne pouvait exprimer que dans cette langue. [1]
L’allemand paraît ici comme un tabou, un langue interdite qui cache de choses extraordinaires La langue belle et sonore mais pas accessible. Privée de cette langue insolite, Elias très tôt se sentait jaloux de ce mystère de ses parents. L’allemand devenait pour lui un fruit interdit qui suscitait son grand désir.
(...) parmi les nombreux et ardents désirs que je nourrissais à cette époque, il est bien certain que ce que je désirais le plus ardemment, c’était de comprendre leur langue secrète. [2]
C’est le plus grand souhait d’Elias de participer à la communité linguistique des parents, de comprendre et de se sentir compris. Les parents refusent de satisfaire ce besoin naturel, ce que Canetti évoque dans un autre lieu:
Wenn ich mich als Kind in Neid um diese fremden Worte verzehrte, merkte ich, wie überflüssig ich war.[3]
Cette participation manquée au monde linguistique des parents cause un détournement précoce et une fuite de l’enfant dans sa propre réalité: le narrateur raconte de ses longues conversations avec des personnages sur le papier peint dans sa chambre à Manchester.

La relation d’Elias avec ses parents

Le désir de langue pourrait être compris dans le sens plus large - comme un désir de la mère. Comme un petit enfant, Elias jamais éprouvait une grande manifestation de l’amour maternelle. Sans doute, Mathilde aimait son fils, mais dans la première partie du livre il manque de preuves d’une vraie intimité entre la mère et l’enfant. La mère était toujours là mais ce qui frappe est l’indifférence avec laquelle le narrateur raconte de sa personnage au début de “La langue sauvée”: Ma mère ne représentait pas grand-chose pour moi[4]

Il y a des passages où il parle directement de l’aversion pour la mère, de la méfiance et même de la peur devant elle. Un moment critique dans l’enfance d’Elias était la naissance de so frère, Nissim quand la mère devenait complètement étrange pour le garçon:
Ma mère ne disait rien. Elle me faisait peur maintenant. (...) Longtemps après encore, ma mère m’apparaissait comme quelqu’un d’étranger et il me fallut des mois avant de retrouver ma confiance en elle[5].
Par contre, avec le père, Elias avait une très bonne relation. C’était le père qui toujours avait le temps et la patience pour les enfants, qui jouait avec eux, qui les traitait avec une tendresse incroyable. C’était son père auquel petit Elias confiait ses secrets, avec qui il discutait et qui lui amenait de premières lectures. Canetti adorait son père et le considérait comme la personne la plus importante dans sa vie. Quand à l’âge de cinque ans, il couchait terriblement brûlé, il ne demandait que voir son père qui était dans un voyage en Angleterre et seulement après son retour il commençait à guérir. Le médecin familial croyait que sans la présence de son père, Elias certainement mûrirait. L’écrivain avait des relations très intimes avec son père et il les soumisait à celles-ci avec sa mère. Tant longtemps que le père vivait, il apercevait la mère comme inutile, même comme un obstacle dans son intimité avec le père.

C’était toujours ma mère qui mettait un terme à l’idylle.[6]

Ici c’est la mère qui apparaît comme un rival, comme une menace de relation de l’enfant avec le père. Plus tard, déjà après la mort prématurée du père, Mathilde oppose Elias à son père, faisant son fils un ennemi de son mari: S’il était encore en vie, il me protégerait de toi.[7]
Dans ce cas-là, la mère même créait une situation où on pourrait parler de un classique exemple du complexe d’Oedipe - un petit garçon désire sa mère et éprouve inconsciemment une antipathie où hostilité contre son père. Bien sur, au moins cette deuxième partie n’est pas vraie dans le cas de Canetti. Néanmoins, Elias même, il se rend compte que cette relation idyllique avec son père pourrait se changer avec le temps.
Je me suis souvent posé la question: nos relations seraient-elles restées ce qu’elles étaient s’il avait vécu plus longtemps? Ou bien me serais-je finalement rebellé contre lui comme je me rebellais contre ma mère?
Canetti était très sceptique contre le théories de Sigmund Freud, il les traitait avec le mépris et l’œuvre ”Psychologie des masses a analyse de moi” insistait son aversion profonde. Malgré cela, il voyait certains parallèles entre la théorie sur le complexe d’Oedipe et sa propre vie. Comme Roger Gentis remarque:
Ce n’est pas qu’Elias nie avoir été amoureux de sa mère, ou souhaité la disparition, sinon de son père – du moins, très consciemment, de ses beaux-pères potentiels (“je connaissais depuis ma petite enfance la jalousie meurtrière et j’était tout à fait conscient de ses diverses motivations”, assure-t-il – il ne s’agissait sans doute pas de mêmes “pulsions de meurtre” qui l’agiteront dans les sentiers alpestres, et dont nous avons vu qu’il ‘n’était pas alors conscient”) – c’est qu’en affirmant l’universalité du complexe, en en faisant un objet ménager de consommation courante, Freud a banalisé le mythe, l’a vidé sa force tragique.[8]
En fait, on pourrait dire que un aspect des théories de Freud sur la sexualité d’enfants se confirme chez Elias Canetti – le garçon tente à remplacer son père, mais ce désir ou ce besoin n’apparaît que après la mort du père et il est dictée plus par les circonstances extérieures que par des instincts sexuels orientés à la mère.

L’enseignement d’allemand

Après la mort de son père, la vie d’Elias Canetti s’est changée totalement. Comme un fils le plus âgée, il devait de grandir plus vite pour constituer un appui à sa mère qui était complètement désespérée après la perte de son mari. Effrayée que son fils doit redoubler une classe seulement parce que il ne maîtrisé pas la langue allemande, Mathilde Canetti décidait d’apprendre à Elias sa langue préférée le plus vite possible. Le tempo qu’elle imposait à son fils était fou mais elle demeurait convenue que son enfant était capable d’arriver à apprendre nouvelle langue dans le temps très court. La méthode que la mère d’Elias chosait pour l’enseigner laissait beaucoup à désirer et le pauvre enfant vivait pendant quelques mois dans une terreur psychique ce que ne faisait aucune impression sur sa instructrice sévère.
Elle me força en tout cas, en un très bref laps de temps, à des performances normalement hors de portée d’un enfant, et la manière dont elle réalisa son objectif devait déterminer la nature profonde de mon allemand, une langue maternelle acquise sur le tard au prix de véritables souffrances. Mais on n’était pas resté au stade des souffrances, aussitôt après on était entré dans une période de bonheur au cours de laquelle se forgea mon indéfectible attachement à cette langue. (...) l’allemand devînt la langue de notre amour.[9]
Elias qui était forcé par sa mère de répéter des phrases allemandes qu’il ne comprenait pas et les apprendre par cœur, qui vivait dans une peur permanent qu’il va oublier quelque chose et il va s’exposer à la moquerie cruelle de sa mère pourrait bien prendre de l’aversion contre l’allemand qui lui apportait tant de souffrances et humiliations. Pourtant, il est arrivé à prendre goût à cette langue et puis à éprouver pour elle le vrai amour.Ce n’était que Elias a réussi d’obtenir le livre de la grammaire allemande que sa mère avait persisté à garder devant lui. L’inclination d’Elias pour les livres et pour l’écriture lui laissait de maîtriser très rapidement une grande partie du matériel et de faire de réels progrès. Seulement dans ce moment-là sa mère qui avant l’avait appeler un idiot, reconnaît Elias comme son enfant: Tu es bien mon fils. Uniquement à partir de ce moment-là, commençait une période heureuse pour Elias, une période de l’intimité avec sa mère. A moment d’apprendre allemand à Lausanne, Elias qui semblait avoir manqué l’amour maternelle dans sa petite enfance, a sa mère toute pour lui. L’allemand devenait pour lui un élément liaient lui à sa mère. Comme Régine Robine note c’est la langue du désir de la mère, la langue incestueuse car elle est conçue dans la douleur, fruit des amours entre la mère et le fils.[10]
Canetti décrit le moment d’apprendre l’allemand comme sa deuxième naissance – il était né dans une nouvelle langue, dans une langue de ses parents. C’est une naissance dans plusieurs sensés. Avant tout, il se retrouvait dans un nouveau milieu, un milieu de la culture et civilisation. Jusqu’à présent il avait vécu dans le monde de contes et de phantasmes infantiles, il était rempli des histoires sur les loups et bête, les histoires terrifiantes racontées par les filles bulgares. Maintenant, grâce de la langue allemande, il entrait le monde de la grande littérature, du théâtre et de grandes pensées humaines. Comme Enkidu du mythe sur Gilgamesch, il devenait un homme de la culture et de la ville. Ensuite, dans le moment d’apprendre l’allemand, Elias s’approchait a sa mère, il commençait à éprouver sa proximité. Les leçons d’allemand créaient des conditions favorables pour une relation très intense entre la mère et le fils. Bientôt, elles se transformaient en des rencontrés très agréables et intimes – on passait beaucoup de temps ensemble en lisant et parlant de livres. Elias était seule avec sa mère; personne ne dérangeait leurs soirées communes. C’étaient des moments extrêmement forts, les moments qui ne pouvaient pas être plus proche, les moments qui prouvaient un grand lien émotionnable. Les leçons d’allemand et les soirées de lecture présentaient à Elias et sa mère une occasion de se connaître réciproquement, de faire un échange intellectuel. Canetti mentionne que en effet de ces rencontrés on se connaissait tellement bien que on savait que l’autre personne pensait. Enfin, le leçons de langue donnaient un début à les discussions sur la littérature et théâtre, les discussions qui encore plus laissaient à Elias de s’approcher à sa mère et à se développer intellectuellement plus rapide que tous ses copines. Les soirées passées avec sa mère avaient une influence immense sur la personnalité d’Elias et sur toute sa vie.

Car ce qui était vraiment excitant et particulier, ce qui comptait en somme par-dessus tout en ce temps-là, c’étaient les soirées passées à lire avec ma mère et, plus particulièrement, les conversations relatives à nos lectures. Je serais incapable de relater ces conversations en détail car j’ai été, en grande partie, façonné par elles. S’il existe quelque chose comme une substance spirituelle que l’on ingère au cours de ses jeunes années, à laquelle on se réfère ensuite et dont on ne peut plus se départir, je puis dire qu’elle me fut délivrée au cours de ces conversations. J’avais une confiance aveugle à ma mère; les héros sur lesquels elle m’interrogeait et donc elle me parlait ensuite sont devenus partie constitutive de mon monde personnel au point que je n’arrive plus à les en dissocier. Je puis analyser en détail les autres influences que j’ai subies ultérieurement. Celles qui remontent à cette époque, en revanche, forment un bloc compact. C’est depuis ce temps, c’est-à-dire depuis ma dixième année, que c’est devenu chez moi une sorte d’article de foi de croire que je suis formé de nombreux êtres dont je n’ai absolument conscience. Je pense qu’ils déterminent ce qui m’attire ou me rebute chez les gens que je rencontre. Ils furent le pain et le sel de mes jeunes années. Ils sont la source occulte mais bien réelle de la vie de mon esprit.[11]

Remplacement du père

Les leçons d’allemand jouaient aussi un rôle signifiant pour la mère d’Elias. Après la mort de son mari, elle se sentait abandonné, malheureuse. Elle avait seulement vingt et sept ans et toute sa vie devant elle. Elle restait seule avec trois petits enfants, privée de ses conversations préférées en allemand. D’apprendre allemand à Elias était son besoin profond un besoin de créer un substitut du bonheur perdu. En parlant l’allemand, Elias lui remplaçait son mari défunt. Il devait pas uniquement devenir un homme qui la soutenait mais aussi un partenaire équivalent de ses conversations. Apprendre à Elias à parler sa langue intime était pour Mathilde une ressuscitation de son mari, une reconstruction du passé et un recouvrement de cela ce qu’elle avait perdu. Grâce de la langue allemande, Elias remplaçait symboliquement son père pour sa mère. Comme Régine Robine écrit: Il s’agit de prendre la place du père pour cela d’être aussi fort que lui[12].
Elias devient un homme dans la famille, il prend la responsabilité pour sa mère et ses frères et il veut participer à toutes décisions. En l’enseignant l’allemand dans une très courte période du temps, sa mère le forçait pas seulement à des efforts incroyables pour un enfant mais aussi elle le forçait de grandir plus vite et venir à maturité pour devenir son appui et un compagnon digne des conversations sérieuses. C’est elle qui désespérément a besoin de un auditeur et un interlocuteur, une personne qui pourrait l’accompagner aux pérégrinations dans le monde de la littérature et la langue allemande. L’allemand était sa langue, même si les deux parents s’en servaient. Elias a toujours associé l’allemand plus avec sa mère que avec son père et c’est elle qu’il rendait coupable pour refuser l’apprendre cette langue merveilleuse.
Je ne saurais dire pourquoi je n’ai jamais tenu rigueur à mon père de son attitude; en revanche, je conçus, envers ma mère, une profonde rancœur qui ne se dissipa que des années plus tard quand, après la mort de mon père, elle m’enseigna elle-même l’allemand.[13]

Langue maternelle et langue d’écriture

L’allemand était pour Elias Canetti quatrième et dernière langue qu’il a appris dans sa vie. Il l’a maîtrisé en huit ans – un âge quand on est déjà accoutumé à sa langue maternelle. Il même a constaté que il n’est que un invité dans une langue allemande (Ich bin nur ein Gast in der deustchen Sprache). Sa vraie langue maternelle était l’espagnol parce que c’était sa première langue. Plus tard, quand il était à l’école il se disputait avec le professeur de géographie à propos de la prononciation du nom d’une rivière en Amérique de Sud. Comme un argument contre le professeur, il donnait le fait que l’espagnol était sa dite langue maternelle. Malgré le fait que il maîtrisait l’espagnol le plus tôt, que il parlait cette langue depuis sa petite enfance et que c’était sa naturelle langue de communication, il la décrit comme “quasiment” langue maternelle. Il l’a jamais oublié mais elle n’est pas arrivée à gagner pour lui telle importance que les autres langues. Elle a restée une langue d’enfance, une langue de temps heureux à Roustchouk, la langue de chansons et contes. La langue qui est devenu la plus importante pour Canetti était l’allemand. En fait, on pourrait dire que il a choisi l’allemand pour sa langue maternelle, même s’il l’a appris seulement à l’âge de huit ans. Mais, paradoxalement, c’est pas l’âge qui décide si une langue devient pour quelqu’un langue maternelle ou pas. Comme Jacques Derrida écrit:
La langue dite maternelle n’est jamais purement naturelle, ni propre ni habitable.[14]
La langue maternelle n’est pas innée mais elle est acquise. Le plus souvent, elle est transmise à un enfant par sa mère* dans sa petite enfance mais elle peut aussi être assimilée / familiarisée plus tard. La langue maternelle signifie ici pas forcement une langue qu’on apprend le plus tôt mais une langue qu’on connaît le mieux, à laquelle on attribue la plus grande signifiance, qui est la plus proche, la plus intime et qui évoque les plus fortes émotions. Pour cette raison, on pourrait dire que l’allemand est devenu pour Elias Canetti sa propre langue maternelle. Elle était liée pour lui à des émotions très vives. Surtout elle l’a attaché à sa mère (au contraire que chez Franz Kafka qui n’aimait trop sa mère parce que il était forcé de l’appeller Mutter). Comme Régine Robine remarque: Jamais langue ne fut plus maternelle, marquée d’une indiction principielle qui unit le fils a sa mère. [15] Par rapport à Canetti, il définit l’allemand comme: langue d’un cordon qui ne se coupera jamais, malgré des relations terriblement orageuses entre Canetti et sa mère.[16]
L’allemand est devenu pour Canetti une langue émotive aussi pour une autre raison. Elle a insisté chez Canetti son amour profond pour la littérature. C’est pourquoi il a choisi cette langue comme une langue d’écriture. E. Bülow voit une dépendance directe entre le choix d’une langue par une personne multilinguale et de sentiments éprouvées pour cette langue:
Die Entscheidung eines mehrsprachigen Sprechers für eine Sprache erfolgt aufgrund einer emotionalen Bindung an eine Sprache bzw. aufgrund seines Gefühls für eine Sprache, und aufgrund dieses Gefühls ist die poetische Kompetenz in dieser Sprache besonders ausgeprägt. [17]
L’allemand était sans doute une langue que Canetti a maîtrisée le mieux et qui pour lui avait une plus grande puissance littéraire. Il ne pourrait pas s’imaginer d’écrire en une autre langue. Pour lui le problème d’un choix linguistique dans la littérature n’existait pas. (...) car pour moi, continuer en Angleterre à écrire en allemand allait de soi, comme respirer ou marcher. Je n’aurais pu faire autrement (...) ce qu’il advient eu pareilles circonstances de la langue (...)[18]

L’identité d’Elias Canetti

A travers du choix de langue d’écriture, Canetti trouve son identité. Vivant en Angleterre, un pays dont langue il connaît très bien, il décide d’écrire en une autre langue, la langue qui est pour lui extrêmement proche et précieuse – l’allemand. De cette façon, il se définit décidément comme un écrivain de la langue allemande. Son identité se forme pendant plusieurs ans et elle est fort liée à la langue. Jacques Derrida écrit que:
Une identité est jamais donnée, reçue ou atteinte, non, seul s’endure le processus interminable, indéfiniment phantasmatique, de l’identification. [19]
Elias Canetti s’identifie avec la langue allemande car elle est la langue qui lui a donnée le plus – l’amour de sa mère et un grand développement d’esprit. C’est la langue pour laquelle il éprouve des sentiments vifs. La langue allemande a restée toujours la plus importante pour Canetti. C’était une langue privilégiée, une langue qui lui convenait le mieux et qui a devenu la langue de son œuvre. Cependant, familiers de plusieurs langues, il a jamais arrêté de penser à soi même comme à une personne multilinguale et il a eu toujours un besoin de plusieurs langues.
Je ne pourrait jamais vivre dans une seule langue. Si je suis si profondément épris de l’allemand, c’est parce qu’il me permet toujours de sentir en même temps une autre langue. Il est juste de dire que je la sens, car je n’en suis aucunement conscient. Mais je suis joyeusement rendue quand je tombe sur quelque chose qui la ramène à la surface. [20]
La pluralité des langues définit l’identité d’Elias Canetti. Depuis son enfance il vivait à un carrefour de langues différentes, dans un mélange de cultures. Il grandissait dans une atmosphère internationale, dans un milieu où plusieurs influences se touchaient. Mais surtout les langues avaient pour Elias, une personne très sensible pour les mots, une signifiance immense. Les langues qui il avait connu dans sa petite enfance continuaient à exercer son influence sur lui, elles sont toujours restées dedans lui et elles lui accompagnaient pendant toute sa vie. Même si c’est l’allemand qui a gagné la plus grande importance et a pris une place principale, Canetti jamais s’est coupé de ses racines. Il est toujours restée une personne stigmatisée du multilinguisme. Elias Canetti n’est qu’un bricolage linguistique; il se compose de différentes langues et cela constitue sa particularité.
Langues orales, populaires des nourrices des domestiques, des cuisinières déclenchent une nostalgie immense, bridées par les grandes langues européennes nouées autour de père (l’anglais) et de la mère (l’allemand) a dessinant en creux la place d’une langue sacrée, magique destinée à rester ignorée, l’hébreu, tel se présente le bruissement des langues pour Canetti qui n’est rien une cacophonie mais une constellation linguistique dans laquelle il se constitue ses propres repères. [21]
L’écrivain de la langue allemande mais un esprit multilingual.

BIBLIOGRAPHIE

Elias Canetti:

La langue sauvée. Histoire d’une jeunesse, Paris 1980

La Conscience des Mots, Paris 1984,

La cœur secret de l’horloge, Paris 1987

Das Augenspiel. Lebensgeschichte 1931 - 1937. Frankfurt/Main 1988

Anz, Thomas: Psychoanalyse in der literarischen Moderne. In: Karl Richter, Jörg Schönert, Michael Titzmann [Hrsg.]: Die Literatur und die Wissenschaften 1770-1930. Stuttgart 1997; S. 377-413

Bauer, Barbara: Kindheit zwischen Opfern und Tätern. In: literaturkritik.de Nr. 6/1999; S. 65-105

Buelow, Edeltraud: In zwei Sprachen leben: Emotionalitaet und Poetizitaet der Sprachen und ihrer Sprecher im Kontext der These von der ’Verschiedenkeit der sprachlichen Weltansichten’, in: Literarische Mehrsprachigkeit. Multilinguisme littéraire, éd. Georg Kremnitz, Robert Tanzmeister, Wien 1995

Derrida, Jacques: Le monolinguisme de l’autre, Paris 1996

Eigler, Friederike:Das autobiographische Werk von Elias Canetti. Tübingen 1988

Gentis, Roger: La folie Canetti, Maurice Nadeau, 1992

Knoll, Heike:Das System Canetti. Zur Rekonstruktion eines Wirklichkeitsentwurfs.
Stuttgart 1993

Kristeva, Julia: Étrangers à nous-mêmes, Gallimard 1991

Magris, Claudio: Der Schriftsteller, der sich versteckt. In: Modern Austrian Literature 16.3/4, 1983; S. 177-195

Neumann, Gerhard: Lektüre und Lebenswelt. In: Ders. [Hrsg.]: Canetti als Leser. Freiburg 1996; S. 33-57

Paulsen, Wolfgang: Das Ich im Spiegel der Sprache: autobiographisches Schreiben in der deutschen Literatur des 20. Jahrhunderts. Tübingen 1991

Régine, Robine: Le Deuil de l’origine. Une langue en trop, la langue en moins, Saint-Denis 1993

Sontag, Susan: Geist als Leidenschaft. In: Hüter der Verwandlung. Beiträge zum Werk von Elias Canetti. Frankfurt/Main 1988; S. 91-110


[1] Elias Canetti, La langue sauvée, Paris 1980, p. 39

[2] Elias Canetti, La langue sauvée, Paris 1980, p.40

[3] Elias Canetti, Das Augenspiel. Lebensgeschichte 1931 - 1937, Frankfurt/M. 1988, p. 213

[4] Elias Canetti, La langue sauvée, Paris 1980, p.57

[5] Elias Canetti, La langue sauvée, Paris 1980, p.26

[6] Elias Canetti, La langue sauvée, Paris 1980, p.82

[7] Elias Canetti, La langue sauvée, Paris 1980, p.233

[8] Roger Gentis, La folie Canetti, Maurice Nadeau, 1992, p. 71-72

[9]Elias Canetti, La langue sauvée, Paris 1980, p.

[10] Régine Robine, Le Deuil de l’origine. Une langue en trop, la langue en moins, Saint-Denis 1993, p.113

[11] Elias Canetti, La langue sauvée, Paris 1980, p. 131-132I

[12] Régine Robine, Le Deuil de l’origine. Une langue en trop, la langue en moins, Saint-Denis 1993, p.148

[13] Elias Canetti, La langue sauvée, Paris 1980, p. 40

[14] Jacques Derrida, Le monolinguisme de l’autre, Paris 1996, p.112

[15] Régine Robine, Le Deuil de l’origine. Une langue en trop, la langue en moins, Saint-Denis 1993, p.148

[16] Régine Robine, Le Deuil de l’origine. Une langue en trop, la langue en moins, Saint-Denis 1993, p.148

[17] Edeltraud Buelow, In zwei Sprachen leben:Emotionalitaet und Poetizitaet der Sprachen und ihrer Sprecher im Kontext der These von der ’Verschiedenkeit der sprachlichen Weltansichten’, in: Literarische Mehrsprachigkeit. Multilinguisme littéraire, éd. Georg Kremnitz, Robert Tanzmeister, Wien 1995, p. 31

[18] Elias Canetti, La Conscience des Mots, Paris 1984, p. 203

[19] Jacques Derrida, Le monolinguisme de l’autre, Paris 1996, p. 53

[20] Elias Canetti, La Cœur secret de l’horloge, Paris 1987, p. 33

[21] Régine Robine, Le Deuil de l’origine. Une langue en trop, la langue en moins, Saint-Denis 1993, p. 152

* Le même mot “maternelle” implique que la langue vient de la mère. Cette analogie existe dans plusieurs langues européennes: mother tongue (anglais), Muttersprache (allemand), mais par exemple en polonais il y a „jezyk ojczysty” - langue du père.

Comments

jesteś z Polski? fajnie, jeśli tak, a jeśli nie, to nic :) anetti to literacki Paul Newman. Tu es belle, mademoiselle. Absolutely admirable. Take good care. Viele gute wohen. :)))))))

Texte éclairant qui donne envie de lire Canetti - merci. A votre disposition pour aider avec les petits glissements de langue qui subsistent dans le texte.